www.pithe-karateka.com

PATRICE VAN EERSEL | Ecrivain - Journaliste - Reporter

Du pithécanthrope au karatéka

La longue marche de l'espèce humaine

Accueil | Se procurer le livre | Forum | Bibliographie | Biographie | Le site de Patrice Van Eersel | facebook

Chapitre 3

Entretien avec Anne Dambricourt-Malassé

LA PALÉOANTHROPOLOGUE PAR QUI LE SCANDALE EST ARRIVÉ

Extrait du chapitre 3

La base du crâne des prosimiens, qui sont les premiers primates, nos plus lointains ancêtres mammifères, apparus il y a environ soixante millions d’années, a connu une toute première flexion, très légère. Phénomène imperceptible, mais mesurable, et qui n’est apparu dans aucun autre phylum ou branche du vivant : il s’agit d’un processus spécifique de l’ordre animal dans lequel nous nous inscrivons. Certaines espèces en sont restées là – les lémuriens – et n’ont pas bougé depuis, quel qu’ait été leur environnement. Une longue période de stabilité a suivi, pendant laquelle, l’évolution s’est poursuivie, avec toutes sortes de micro-mutations aléatoires, mais sans quitter ce plan d’organisation crânien. Vingt millions d’années plus tard, d’autres primates ont connu une accentuation de la flexion de la base de leur crâne, donnant jour à un nouveau phylum, à l’intérieur duquel s’est ensuite développée toute une palette de nouvelles espèces : les singes. La base de leur crâne étant plus coudée, leur corps entier s’est organisé de manière très différente. Et une nouvelle fois, de nombreuses espèces sont apparues dans ce « plan », au fil du hasard et de la nécessité, dans une évolution « buissonnante », comme disent les paléontologues.

Ce phénomène d’accentuation de la flexion de la base du crâne s’est reproduit, encore vingt millions d’années après, ouvrant cette fois la voie à l’émergence des grands singes. Et de nouveau, est apparue une organisation animale inédite. Ensuite, le phénomène de flexion s’est accéléré. En cinq millions d’années, c’est à dire entre les Australopithèques et nous, le processus de contraction cranio-faciale s’est répété trois fois. Le plus récent aurait eu lieu vers -10 000 ans, au début du Néolithique, c’est-à-dire au moment de l’invention de l’agriculture. Jusque-là, les arcades dentaires se faisaient face, en bout à bout. C’est le cas de l’Homme de Cro-Magnon. Depuis, nous avons progressivement acquis une articulation mandibulaire croisée, les dents du dessus passant le plus souvent devant celles du dessous. Et le temps écoulé entre deux flexions de la base du crâne s’est raccourci de façon exponentielle. Croire que cette évolution va s’arrêter à notre stade d’Homo sapiens sapiens serait nombriliste et naïf.

Existerait-il, en ce moment même, des humains porteurs des germes d’une nouveau « plan basi-cranio-facial », comme vous dites ?

Qui pourrait se risquer à prétendre le contraire ? Il n’y a pas de raison que l’accélération ne se poursuive pas et que les découvertes, scientifiques aussi bien que philosophiques et ontologiques, ne suivent pas le mouvement. Tout se fait par bond, on le sait à présent dans toutes les sciences de la préhistoire. Or, il semble bien que le prochain bond, peut-être déjà en cours, nécessite la mobilisation de nos consciences humaines. Mais cette mobilisation, pour être efficace, a besoin que nous comprenions dans quelle filiation elle s’inscrit, à savoir comment les choses se sont passées jusqu’ici. C’est l’une des lois énigmatique que nous découvrons aujourd’hui : l’évolution ne se produit pas sans mémoire ; à chaque nouveau palier évolutif, à chaque degré de complexité supérieure, il se produit un processus, encore mal connu, de « récapitulation-mémorisation-innovation ». Avant de se lancer dans l’inconnu, la nature semble toujours récapituler et mémoriser ce qui est venu auparavant.

Comment avez-vous découvert cette contraction cranio-faciale ? Et pourquoi lui accordez-vous tant d’importance ?

C’est une longue histoire. On connaissait déjà ce que l’école de Lille, avec Delattre et Fénart, dans les années cinquante, avaient appelé la “bascule occipitale“. Au cours de l’évolution des primates, les os de la voûte crânienne se sont développés en surface dans le sens des aiguilles d’une montre, si vous regardez le crâne de profil en plaçant le nez à gauche. Comme la majorité des anatomistes et des paléo-anthropologues, jusqu’à nos jours, pour tenter de comprendre le rétrécissement de la nuque et de la mandibule, et la verticalisation de la colonne cervicale, Delattre et Fénart retenaient l’enroulement des hémisphères cérébraux. En s’enroulant peu à peu sur eux-mêmes, les hémisphères cérébraux auraient imposé certaines orientations de croissance aux os membraneux qui les recouvraient. Mais cela n’était qu’une idée, jamais démontrée, et surtout inexacte pour la base du crâne.

Ce qui intriguait et intrigue encore beaucoup de chercheurs en paléontologie humaine, c’est que, chez les primates, excepté l’homme, tous ces vecteurs s’inversent après la naissance. Je m’explique : les bébés gorilles, par exemple, ont la base du crâne à peu près aussi fléchie que nous, avec la nuque et la mandibule rentrées, et le trou occipital juste à la verticale de la colonne. Mais ensuite, à mesure qu’ils grandissent, leur base craniale s’affaisse, leur nuque remonte, leur face se développe vers l’avant, devenant prognathe, et leur trou occipital glisse vers l’arrière. Chez l’humain au contraire, les vecteurs de croissance infantiles se maintiennent jusqu’à l’âge adulte. Les angles osseux demeurent constants. Pourquoi ? Question certainement stratégique pour comprendre notre hominisation. Delattre et Fenart estimaient que la cause de la conservation de la bascule occipitale, chez les adultes des différentes espèces appartenant au « plan d’organisation » hominien, était la locomotion bipède. Si l’hominien adulte conservait ses trajectoires osseuses infantiles, en particulier la flexion de la base de son crâne, pensaient-ils, c’était en raison de l’apparition de la bipédie au cours de l’évolution passée.

6 Messages de forum

  • Extrait du chapitre 3 27 mai 2010 21:01, par dambricourt Malassé

    Bonjour Patrice

    J’ai découvert ton livre « Du Pithécanthrope au karatéka » qui revient sur les effets les plus visibles d’un premier entretien que nous avions eu ensemble, paru dans Nouvelle Clé, en octobre 1994. Ceci me ramène presque 15 années en arrière.

    Si tes lecteurs souhaitent accéder à une source d’informations fiables, il leur suffit de consulter le site officiel de mon unité de recherche CNRS-Muséum national d’Histoire naturelle à ma page, elle est couverte par le directeur de cette unité :
    http://hnhp.cnrs.fr/spip.php?article135.

    L’article titrait déjà « Une poussée » en laissant entendre qu’elle serait d’origine divine.

    J’insiste sur trois points :

    1) Comme tu l’as écrit, je n’ai pas d’explication et surtout je tiens à ce que l’on fasse très attention à la façon dont ces découvertes qui ont conduit au changement de paradigme Evo-Devo, sont interprétées et détournées. Il n’est pas question « d’intelligence divine » qui construit une oeuvre. Ce n’est pas ce que montre la face cachée du monde, le ventre des mères.

    La nécessité d’admettre une dimension ontologique pour fonder une éthique rationnelle, ce à quoi ne peut prétendre le matérialisme scientifique, ne permet en aucun cas l’affirmation d’une « construction divine » dans les mécanismes évolutifs. C’est pourquoi je rejette tout ce qui est Intelligent Design, archétypes, et j’affirme qu’il n’y a pas d’explication pour des événements espacés par des millions d’années, 3 entre nous et l’émergence du genre Homo. Ces mécanismes n’existent plus, un petit singe ne redeviendra pas un prosimien.

    En ce qui concerne mes convictions, j’insisterai toujours sur cette vérité, il m’était impossible de donner une interprétation religieuse ou métaphysique de ma découverte, pour la simple raison qu’après ma soutenance de thèse, suite à un drame personnel survenu l’été 1988 maintes fois rendu public, j’ai été saisie d’un profond nihilisme. Ni la science, moins encore ma propre découverte, m’ont ouvert des horizons permettant de transcender cette « expérience ». Quand je dis que je n’ai pas d’explication je n’en ai pas et mon regard n’a jamais pu dire « je vous démontre qu’une intention divine est à l’œuvre », mon regard athée n’a jamais pu insinuer cela.

    Ce serait une appropriation d’un domaine de connaissances qui n’a, en outre rien à voir avec des conceptions « angéliques » du divin. J’invite à compléter la visite de la Grande Galerie de l’Evolution par celle du Musée Dupuytren à Paris, si vous avez le cœur bien accroché. Il suffit d’aller sur Google pour s’en faire une idée. Lorsqu’un doigt et des cheveux sortent du ventre d’un fœtus sans tête, je ne crois pas observer l’œuvre d’un dessein intelligent, d’une divine présence amoureuse de sa créature ou d’un archétype qui s’incarne : 80% des programmes génétiques humains nés de cette cette macro-évolution engendrent des monstres, ils ne parviennent jamais à terme.

    2) De l’eau a coulé sous les ponts depuis le film de Thomas Johnson en octobre 2005, qui a percé l’abcès idéologique que tu décris. Il y a du bon dans ton livre, mais aussi des vérités qui manquent.

    La recherche sur notre identité évolutive était entravée et sa diffusion volontairement déformée pour servir des causes qui n’ont rien à voir avec la science, cela doit être connu. Je suis parfaitement d’accord. Cependant tu campes les personnages dans une fiction, ce qui relève de la liberté de l’écrivain, mais ce n’est pas exactement la restitution d’une réalité historique. Aucun pair ne m’a condamnée.

    Au contraire, l’organisation préméditée contre le film de Thomas Johnson et ses effets, a fortement inquiété le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) placée sous la tutelle du gouvernement. Une affaire aussi grave se règle au niveau des hautes instances. La Direction des Ressources Humaines du CNRS a enquêté et possède les preuves de ces infiltrations idéologiques que tu évoques et dont les objectifs sont connus (voir le site Assomat et les éditions Syllepses) à travers 1° une conception réductionniste de la science, ne pas diffuser sans expérimentation (le leader de ce mouvement l’a exigé pour cette découverte, manipuler des embryons humains pour voir s’ils se modifient dans le sens de la théorie), 2° une idée préconçue des mécanismes de l’évolution applicable à l’homme et erronée (l’embryon humain construit par les erreurs génétiques des espèces qui l’ont précédé), la théorie est donc imposture), et enfin 3° une tentative de main mise sur l’enseignement supérieur qui a alerté le Ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur en 2009 (démontrer à partir de cette vision des origines de l’homme que la Révélation (qui concerne le Mal) est écrite par des incultes, dont je suis un fer de lance).

    La DRH a compris qu’en dehors de ces considérations obscures qui n’ont pas leur place dans une république laïque et qui la menacent, il existe une réelle controverse entre le paradigme environnementaliste et cette découverte, reconnaissant qu’elle enrichit et fait progresser les connaissances rationnelles.

    Le documentaire de Thomas Johnson a continué de rencontrer le succès, sélectionné en ouverture du Festival du film archéologique d’Amiens en avril 2008, puis en 2009 à La Fête de la Science dans le département de l’Oise.

    Mes collègues enseignent dans le séminaire de paléontologie humaine que je dirige depuis 2007 dans l’Ecole doctorale du Muséum national d’Histoire naturelle, soient plus d’une vingtaine d’enseignants-chercheurs (parmi eux, certains s’étaient laissés piéger par cette affaire). C’est la seule Ecole de l’Académie de Paris pour former les rares paléoanthropologues français et étrangers.

    Concernant les Institutions, un colloque de l’Institut de France en 2004, placé sous le haut patronage de la Présidence de la République, réunit l’Académie des Sciences et l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, soit une centaine de chercheurs de toute nationalité, pour y aborder les origines et l’évolution de l’homme jusqu’au néolithique. Une session réunissait Yves Coppens, l’américain Tim White, les deux français Brigitte Senut, Michel Brunet et moi-même. Le documentaire débute sur la fin de la séance ("animée" comme en s’en rend compte). La Lettre de l’Académie des Sciences retransmit mon intervention dans son numéro d’automne sous la forme d’un entretien. L’article fut publié en 2006 dans les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences. On ne peut concevoir plus belle reconnaissance de mes pairs.

    Enfin en 2009, l’année Darwin, le colloque mondial le plus attendu se tenait à Rome, sous l’égide du Conseil Pontifical de la Culture, à l’Université Grégorienne. Cet événement a réuni pendant une semaine, une cinquantaine d’intervenants, des scientifiques évolutionnistes, darwiniens et dynamiciens (les mécanismes internes auto-entretenus et logiques), des philosophes et des théologiens. Ce fut de loin le plus important car il n’était pas dogmatique. Nous étions trois paléontologues à représenter les découvertes « non-exclusivement darwiniennes » Simon Conway Morris, Yves Coppens et moi-même. A ce niveau, qui est probablement le seul par l’étendue des connaissances et bien évidemment non exhaustif, personne ne confond les trois champs d’investigation, c’est pourquoi l’Intelligent Design n’eu pas droit au chapitre.

    Les conditions écologiques favorables ; je les ai toujours décrites comme tu le soulignes, et elles ont été confirmées en octobre 2009 dans la revue Science, avec l’abandon du paradigme postulant le rôle de l’environnement dans l’acquisition de la verticalité. C’est donner raison à l’article de La Recherche et donc reconnaître la propagande idéologique contre sa diffusion.

    Je recommande l’intervention magistrale de Denis Duboule, en septembre 2007 accessible sur le site de l’Institut de France : L’état des connaissances biologiques, 100 ans après la parution de "L’Évolution créatrice" d’Henri Bergson. Il est intervenu dans le documentaire de Thomas Johnson pour aborder la reprogrammation des développements embryonnaires (qui n’est pas darwinienne), il a été élu à l’Académie des sciences peu après.

    La reprogrammation de l’embryogenèse ancestrale dont nous sommes issus, génère 80% de monstres, il n’y a pas « poussée divine bien intentionnée ». La destruction est inscrite dans les mécanismes évolutifs internes, elle se nomme entropie. C’est l’entropie qui sous-tend ce monde, elle est partout avec la souffrance et la mort, cet univers s’est construit en luttant contre l’entropie. Quand elle atteint un summum qui est le seuil de destruction, il se produit un saut de complexité croissante d’une coordination inouïe, mais l’entropie la ronge d’autant plus vite que la complexité s’est accrue. Nous sommes les 20% qui en émergent et dans une grande inégalité. Comme le rappel le père Thierry Magnin, le mystère est ce que l’on ne cesse jamais de comprendre, une histoire qui se révèle et se transmet de générations en générations, attirées par ce mystère et qui l’approchent avec plus de connaissances, plus d’expériences, plus de drames. Il en est nous aussi, puisque c’est de ce mystère que nous émergeons, mais ne confondons pas l’ombre de la lettre et la lettre en faisant de l’évolution interne, une poussée divine.

    Certains ont compris que ce monde duquel nous émergeons est une tragédie entre l’éblouissante organisation interne d’une complexité inchiffrable qui n’a jamais cessé de grandir et de gagner en conscience, et ce qui la meurtrit.

    Les 20% dont nous sommes les rescapés, dépassent notre entendement. Et c’est parce qu’ils échappent que nous avons des raisons de nous sentir interpeller. Qu’est-ce que ce défi à la gravitation universelle, à l’entropie, oui, nous avons de bonnes raisons de nous interroger, et surtout d’éviter de donner des réponses à des questionnements qui ne sont pas du niveau de notre intelligence. La légende que tu rapportes dit que le reptile ne pouvait rêver le mammifère. De même sapiens ne peut rêver plus qu’il n’est, ce ne serait déjà plus être sapiens ; être visité par un rêve, celui d’un désir universel me paraîtrait une métaphore déjà plus cohérente. Que dans le rêve, notre regard soit attendu sur ce désir, me paraît également plein de bon sens. Mais ce rêve est assailli d’un cauchemar et ce cauchemar ne doit pas nous habiter, nous posséder. Un enjeu à travers nous, qui en douterait sincèrement ; peut-on comparer un astéroïde qui réduirait la terre à une boule de feu, à 4 milliards d’années détruites par des actes conscients ? Yves Coppens évoque une intimité. Comme tout un chacun, ouvert au questionnement, à condition d’humilité.

    3) ma préface au livre de Phillip Johnson en 1996. Elle n’est pas condamnable devant la loi. Jean Chaline a toujours marqué une distance par rapport à cette préface, mais il n’y a aucune raison. Elle est ma défense contre la procédure immonde du co-directeur des « Mondes darwiniens » publié aux éditions Syllepses en 2009 (préfacé par Jean Gayon), quand en 1996 après ma prestation au Collège de France, l’article de La Recherche et le Cercle de Minuit, il mit en acte "son combat" et organisa à mon insu, la première campagne de dénigrement systématique. Un premier article est paru dans Le Nouvel Observateur contre Yves Coppens et moi-même. Je fus alors alertée d’une cabale de grande ampleur, sans savoir qui, où et quand. L’année 1997 allait être un mitraillage avec la complaisance de certains médias. Lucide de ce qui se passait et se préparait, un éditeur français me contacta fin 1996 pour me demander de préfacer le livre d’un avocat américain qui dressait un dossier à charge contre des malversations similaires et mues par les mêmes intentions. Le grand mathématicien Marcel Schutzenberger le considérait comme un ouvrage majeur. Ce n’est pas le « Manifeste » de l’Intelligent Design, ce mot n’existe pas dans cette enquête. L’Intelligent Design est l’œuvre intellectuelle d’un scientifique, et non pas d’un avocat, sa traduction française ne date que d’octobre 2009 et sa préface est signée par un membre de l’Institut de France. Seconde claque bien frappée. On me mord dans le dos, je montre les crocs de la bête. En 2005 Christiane Gallus, du Monde, a compris ce qui se tramait, ma réponse depuis l’Inde a été publiée, décapitant une fois de plus, la tête pensante qui s’en prenait cette fois à la chaîne Arte, à la maison de production et au réalisateur, Thomas Johnson.

    Veille à ne pas donner le change à des gourous qui ne demandent que cela : au nom de scientifiques qui savent distinguer l’ordre ontologique de l’ordre de la nature, faire de l’évolution une conscience divine qui nous habite et avec laquelle notre conscience pourrait entrer en contact pour transcender l’espace-temps. L’évolution n’est pas un esprit sain, elle n’a jamais ressuscité les morts, ni éliminer la souffrance, ni rendu Homo sapiens plus sage que ses ancêtres, loin s’en faut. L’effet réversif de la sélection naturelle est un succédané d’amour du prochain qui ne veut pas se l’avouer. Je préfère le poète et ses rêves.

    Notre complexité permet des « rêves » et sans doute la question que tu te poses est-elle de savoir quel rêve l’humanité peut recevoir, si elle le désire. Sans doute le rêve est-il la belle réalité au-delà de ce "ventre" que ne quitterons un jour en y abandonnant notre corps couvert des cicatrices de cet univers.

    Là j’adhère mais pas au nom de la science, au nom de mes propres rêves et des êtres que j’aime.

    Répondre à ce message

    • Extrait du chapitre 3 29 mai 2010 09:44, par webmaster

      Merci, Anne, pour cette ample explication.
      J’espère qu’elle suscitera d’autres réactions, auxquelles je pourrai répondre à mon tour.
      A bientôt donc,
      Patrice

      Répondre à ce message

  • Les propos que Jean Chaline aurait tenus dans cet entretien concernant l’avocat américain Philipp Johnson sont trop conséquents pour ne pas être démentis, et pour cesser de faire le jeu des campagnes de désinformations qui profitent à différentes idéologies, notamment post-humanistes.

    Philipp Johnson n’est pas du tout créationiste, il s’affirme comme un évolutionniste qui croit aux lois naturelles de l’évolution, mais il n’adhère pas au darwinisme, l’absence de causalité historique interne, qu’il ne confond pas, par ailleurs avec la découverte scientifique des processus macroévolutifs internes et clairement orientés vers une complexification croissante. Le Petit Larousse le publie désormais, il existe d’autres mécanismes que l’accumulation d’erreurs de copie génétiques sélectionnées graduellement par le milieu (le modèle darwiniste), ce sont les sauts contrôlés par des mécanismes internes coordonnés (voir Denis Duboule, lauréat du prestigieux prix de la Fondation Marcel Benoist, le "prix Nobel suisse").

    Cela ne signifie pas une violation des lois de la nature par un être sur-naturel, mais le constat que c’est ce type de processus qui se dégage sur les très longues durées qui se comptent en milliards d’années et dont émerge la complexité humaine en quête d’identité. Se poser la question de la cause première (métaphysique) est raisonnable car légitimée par la science, mais la science n’y répond pas et Philipp Johnson témoigne de cette distinction.

    Voici un extrait du chapitre 1 du livre de P. Johnson publié en 1996 que j’ai préfacé. C’est un hommage à Charles Darwin, une reconnaissance de l’évolution, de ses lois naturelles et une claire distinction entre science et scientisme, autrement dit la reconnaissance d’un espace pour la raison en dehors de la science, pour penser le monde et sa signification, en ayant abandonné l’universalité du néodarwinisme qui se voulait exclusif de tout autre processus naturel.

    Phillip Johnson raisonne : avec le darwinisme, la signification de l’homme est inexistante et l’on comprend en quoi elle sert les idéologies qui ont besoin d’éradiquer la finalité pour donner le champ libre à toutes sortes de manipulations sur les êtres humains depuis le génome.

    Il en conclut qu’il s’agit bien d’une métaphysique, celle qui postule l’absence de causalité interne et qui qualifie de vitalisme, d’intrusion spiritualiste et d’imposture intellectuelle toute découverte qui observerait le contraire et qui viendrait contrarier, bien évidemment, ce "grand projet de société" où tout est acceptable. Tout, sauf l’obligation de devoir reconnaître un premier niveau de réalité naturel qui pose des questions éthiques évolutionnistes magistrales : la mémoire génétique de ce processus dans nos cellules sexuelles.

    L’obligation de reconnaître des "contraintes" à un tel niveau de réalité, le premier, le plus profond, celui de nos origines internes naturelles, est insupportable pour la grande tentation que les dictatures n’ont jamais craint d’appliquer, tout expérimenter et expérimenter l’homme évidemment, l’absolu pouvoir, au risque de provoquer des catastrophes à l’échelle macro-évolutive (irreversibles et extrêmement rapides) faute d’avoir voulu entendre ce que la science constate ! Pas d’éthique contrariante surtout. Mais peut-on reconnaitre le crime contre l’humanité sans croire en une humaine présence au-delà de la matière aveugle à elle-même ? Et ne pas s’interroger sur la raison d’être de cette humaine présence dans cette histoire interne universelle ?

    Tel est le fond de cet ouvrage, quel danger pour la laïcité ? Quel danger de le préfacer ? Le danger est la lucidité sur ces projets de sociétés pour qui la laïcité est une contrariété, l’obligation de devoir tenir compte de toutes les convictions, y compris religieuses, dans les grands débats de société dès qu’il s’agit d’agir sur la "matière". Comment se débarasser de ces contraintes, sinon en démontrant que la science de l’évolution est la preuve ultime, imparable, incontestable de l’absurdité biologique humaine !

    Si être lucide de ces projets de société est condamnable, alors la civilisation est en danger. Claude Levi-Strauss l’avait compris, la mort des dieux, des symboles, de l’universalité des valeurs, c’est la mort des hommes. Mais à qui donc profite "le crime" et ce rêve d’un post-humanisme qui semble oublier que cet univers grandit avec l’irréductible entropie. Ce qui la contient et la dépasse ne sera jamais dans un robot coupé des 12 milliards d’années qui ont construit l’anatomie humaine et son cerveau.

    Voilà la découverte qui dérange.

    Le Darwinisme en question. Science ou métaphysique ? Philipp E. Johnson , Traduction française 1996, Extrait du Chapitre 1 :

    "C’est en tant qu’expert en droit que je me suis penché, au départ, sur les théories scientifiques de l’évolution des espèces. A cause de ma formation juridique, un point qui attira mon attention dans cette affaire était la manière dont les termes « science » et « religion » étaient utilisés pour susciter des conclusions. J’ai abordé la dispute création- évolution non comme scientifique mais comme professeur en droit. A ce titre j’essaye de comprendre de quelle manière les mots sont utilisés dans les discussions.

    Il n’est pas difficile d’avoir accès aux informations scientifiques requises. Charles Darwin et T.H. Huxley se sont adressés au grand public, tout comme les géants de la synthèse néo-darwinienne comme Théodosius Dobzhansky, George Gaylord Simpson et Julian Huxley.

    Charles Darwin donna au concept d’évolution une dignité scientifique en prétendant montrer que les transformations majeures pouvaient se produire par étapes minuscules, de manière purement naturelle (...). Mais si, comme nous allons le voir, le scénario darwinien des transformations adaptatives graduelles s’avère plus un mythe qu’une réalité, alors le concept d’ « évolution » n’est plus qu’un mot pour constater que les hommes et les poissons ont certaines caractéristiques communes comme par exemple une architecture corporelle vertébrée.

    La question importante est ce que les scientifiques savent vraiment sur la manière dont les êtres complexes que nous sommes en sont venus à exister.

    Gould écrivit que les biologistes doivent enseigner la théorie évolutionniste comme un agglomérat d’idées consistant en hypothèses contradictoires.

    Irving Kristol est un théoricien social de premier plan, dont le talent est de démasquer les impostures idéologiques. Kristol observait (dans le New York Times) que la théorie néo-darwinienne, qui explique la vie complexe comme le produit de petites mutations génétiques et de la « survie du plus apte » n’est vérifiée que pour des variations mineures à l’intérieur des espèces biologiques. En revanche, la transformation graduelle par évolution darwinienne d’une espèce de créature en une autre (ou, pire, d’une catégorie d’une espèce en une autre) n’est qu’une hypothèse et non pas un fait établi.

    Kristol concédait que le « créationnisme scientifique » appartient au domaine de la foi et non de la science, et qu’il ne devait pas être enseigné dans les écoles.
    Je suis philosophiquement théiste, et chrétien. Je crois qu’il existe un Dieu, capable de créer à partir de rien s’il le veut, mais qui aurait pu aussi bien choisir d’œuvrer à travers un processus d’évolution naturelle.

    Je ne défends pas le « créationnisme scientifique ».

    Quelque chose peut il être hors de portée de la science tout en restant vrai, ou est-ce que cela relève forcément de non-sens ? »

    Excellente remarque qui montre bien que pour Phillip Johnson la question du sens est en dehors de la compréhension scientifique de l’évolution. La science n’accède pas au sens, est-ce pour autant que l’histoire interne de cet univers qui n’a jamais cessé de se complexifier est absurde ? Sans raison d’être, sans cause première ?

    Cette évolution est la même pour l’homme comme pour la femme, la question appartient aux hommes comme aux femmes qui n’ont pas encore parlé dans ce processus d’humanisation. Il est grand temps de nous entendre au lieu de nous infantiliser, de nous donner des coups dans l’ombre sans avoir l’honnêteté de le reconnaître et de croire en cette vision patriarcale des causes de ce "procès", la femme ne sera pas l’éternelle irresponsable, naïve, immature, manipulable, impressionnable et coupable. Cette faute est trop profonde, elle ne passera pas à travers les mailles de l’histoire, parole d’une femme libre.

    Répondre à ce message

    • Merci à Anne Dambricourt pour ces arguments.
      Une réserve : l’emploi du conditionnel dans sa première phrase - « Les propos que Jean Chaline aurait tenus dans cet entretien (...) » - laisse supposer qu’il pourrait s’agir d’un entretien non validé. Cela n’est pas le cas. Jean Chaline a relu et corrigé ce chapitre en détail.
      A ce propos, voici, ci-dessous, copie de la lettre que j’ai reçue de lui, peu après la publication de ce livre. L’intéressé s’y dit irrité du titre que j’ai donné à son chapitre et du rôle de "juge procureur" que je lui fais jouer. Cela choque son esprit d’humaniste attaché à l’esprit de tolérance. Je le comprends et en suis désolé. Mais je ne regrette pas mon choix : la lecture de ses propos dit bien que, s’il valide scientifiquement les données rassemblées par Anne Dambricourt-Malassé sur la "logique interne" révélée par la "contraction cranio-faciale", il n’est en revanche pas du tout d’accord sur l’interprétation qu’elle en fait. Jean Chaline, lui, explique la logique interne par la "hox connexion" des gènes architectes et par le "hasard sauvage" de Mandelbrot.
      Quant aux autres petits reproches que l’universitaire Jean Chaline me fait, ils ne changent rien à son propos principal.
      PVE

      LA LETTRE DE JEAN CHALINE

      Bonjour,
      En allant chercher mon courrier à la Fac, j’ai eu la surprise de découvrir votre livre avec mon interview. Je vous remercie de votre envoi, mais j’avoue que votre dédicace « qui sourira (j’espère) de la façon dont je l’ai mêlé à cette tentative de synthèse non manichéenne d’un sujet trop souvent aveuglant » ne m’a pas fait sourire du tout, lorsque j’ai découvert le titre que vous avez ajouté à mon intervention : « Pourquoi Anne Dambricourt-Malassé se trompe ». Je trouve que vous avez enfreint le principe de déontologie qui consiste à ne publier un texte qu’en accord de son auteur, en modifiant notamment mon titre. Celui-ci devait être : « LA THÉORIE DE L’ÉVOLUTION. Une recherche pluridisciplinaire, de la paléontologie-biologie à la physique ». Je pensais que cette interview était faite, comme le titre l’annonçait et comme nous en avions convenu, pour présenter ma vision de la théorie de l’évolution et celle de l’homme en particulier en précisant clairement mes positions vis-à-vis de celles de Coppens et d’Anne Dambricourt ; ce qui est fait dans l’article.
      Or vous en avez fait un jugement sur Mme Dambricourt. Vous ne m’aviez pas dit que vous alliez me donner le « rôle de magistrat procureur » ! ce qui n’est pas dans ma nature. « Trois juges pour une hérétique » ; vous faites fort ! Quand vous dites, « Le second juge, auquel nous sommes paradoxalement obligé d’attribuer le rôle du magistrat procureur », qui ne correspond pas du tout à ma position, j’ai l’impression de siéger dans le tribunal de l’Inquisition !
      J’ai toujours dit qu’Anne Dambricourt avait compris la « logique d’évolution embryologique des crânes des primates », ce qui est une avancée majeure. Nous avons d’ailleurs fait ensemble, sur recommandation du CNRS, plusieurs travaux de quantification de l’évolution de ces Primates. Scientifiquement elle a raison.
      Mais j’ai dit aussi dans votre article qu’elle mélangeait trop souvent, à mon avis, science et métaphysique, ce qui n’est pas sur le même plan et que le plus grand reproche qu’on pouvait lui faire était cette préface du livre de Johnson « Le Darwinisme en question ». Mais de là à donner ce titre accusateur, de me l’attribuer et de me transformer en procureur me met vraiment mal à l’aise et dans une situation désagréable vis-à-vis de Mme Dambricourt que j’estime…
      Je reconnais que par ailleurs vous avez respecté cette déontologie pour l’essentiel du reste de mon texte, à l’exception de quelques petits ajouts sans m’en avoir parlé auparavant. Par exemple page 164, vous avez ajouté un paragraphe sur la fin du vieil argument avec Leibnitz et Descartes, et page 169 vous me faites écrire : « Comme dit le pape : « La foi est le moteur de la religion ». C’est moi qui l’ai dit, pas le pape qui ne voit certainement pas les choses à ma façon… Par contre page 168, vous avez enlevé une phrase importante auquel je tenais beaucoup : « L’expérimentation, la quantification, l’élaboration et la critique des théories sont le moteur de la science ».
      Vous auriez dû me soumettre le changement de titre et les retouches avant la correction des épreuves.
      Voilà ce que je voulais vous dire sur mon intervention dans ce livre par ailleurs fort intéressant,
      Bien à vous,
      Jean Chaline

      Répondre à ce message

      • Jean Chaline m’a également fait part de ce message.

        L’estime reste réciproque avec Yves Coppens comme avec Jean Chaline, peu de chercheurs s’engagent dans une compréhension de l’identité évolutive de notre espèce, c’est à dire sur les mécanismes internes.

        Combien sont-ils/elles ? Combien tentent de reconstituer le développement embryonnaire de Toumaï, de Lucy, de Neanderthal, de Cro-magnon ? Je n’en connais pas.

        Tout le monde est d’accord pour dire que je diffuse une découverte scientifique, ce ne sont que des constats. Et ne croyant pas en Dieu toutes ces longues années et allergique au sujet, on aura du mal à trouver une explication théiste sous ma plume.

        Alors comment expliquer que je sois la cible de ces attaques incessantes par voie de presse et d’ouvrages de 1996 à 2009 ?

        La réponse est dans ton livre. Tu dénonces le jeu de la propagande, de l’idéologie en action, prétendre connaître l’identité évolutive de l’être humain sans avoir jamais étudié un seul embryon de primate. Quelle imposture intellectuelle historique sans précédent ! la vraie, celle qui n’a pas fini de se l’entendre dire parce que les limites ont dépassé l’imaginable. Les livres commencent à sortir pour dénoncer cet énorme scandale qui s’est servi des titres et des fonctions d’agent de l’Etat pour mener son action.

        Répondre à ce message

  • Extrait du chapitre 3 17 août 2010 23:19

© 2010 - Patrice Van Eersel, Du Pithécanthrope au Karatéka - Ed. Grasset

Retrouvez Patrice Van Eersel sur www.patrice-van-eersel.com